lundi 31 décembre 2007

7 heures

C’est la durée pendant laquelle je pourrai me moquer de vos visages déconfits. Pendant que serez pris de stupeur et surtout de tremblements, symptômes évidents du manque de nicotine, je pourrais m’en griller une tranquillement accoudé au zinc.

Jusqu'à minuit heure locale car Chicago a adopté le même ban idiot que la France et que je serai marron à mon tour (sauf des poumons qui seront tout roses). Et si vos cafetiers envisagent de faire de la résistance, ça semble peu probable ici, on ne badine pas avec la Loi.

A Montréal, il y a quelques semaines, ils ont serré des fumeurs clandestins dans un quelconque bouge, et le gaziers sont sortis avec des bracelets en métal (une forte amende en sus). Vu la modération du Canada, j’imagine qu’ici ils seraient sortis les pieds devants. « De la légitime défense, m’sieur, ils ont attenté à ma vie avec leur monoxyde de carbone. »

Réjouissez vous, l’avenir s’annonce aussi souriant qu’une putain trop maquillée (mais en bonne santé). En Californie, certains comtés votent des lois pour interdire de fumer dans les appartements et les maisons individuelles. Sur que ça me guette avant vous, mais vous aussi finirez par vous marcher sur la tête.

Mes cigarettes canadiennes prônent (en dessous de jolies photos de lésions des poumons) que l’arrêt du tabac est plus difficile que celui de l’héroïne ou de la cocaïne. Malheureusement, ils n’avaient pas ces substituts nicotiniques au duty free.

Sept heures donc à me moquer de vous, à glousser, à pouffer, à me gondoler. Et sans doute à tousser un peu aussi…

jeudi 8 novembre 2007

Trick or treat?

C’est décidément un chouette fête, un truc à importer d’urgence chez nous si ça n’avais déjà été tenté il y quelques années, et sans succès. On a bien la Toussaint, mais c’est décidément une fête avec une gueule d’enterrement.

Tandis qu’ici, les jardinets se couvrent de toiles d’araignées, fleurissent de citrouilles de toutes tailles, percées d’yeux qui s’allument d’une lumière maléfique la nuit tombée. Et des squelettes qui agitent leurs membres décharnés sur votre passage en vous lançant un rire sardonique.

C’est une célébration joyeuse, non de la mort, mais du kitsch authentique (c'est-à-dire made in China). Ce kitsch qui est à n’en pas douter l’aboutissement de l’Art après des milliers d’années d’évolution de la culture, sa phase ultime, sa démocratisation. Dire qu’ils n’ont pas lu Milan Kundera, ils sont autant de monsieur Jourdain joufflus…

Les grands enfants enjoues que sont les américains se travestissent et, pendant 3 week-ends, la rue est un défilé multicolore de déguisements, les rames de métro se remplissent à chaque arrêt de nouvelles créatures exubérantes…Mais la mort est oubliée, les gens sont des cow-boys, des bananes géantes, des joueurs de football ou des écolieres japonaises.

Une bonne tranche de rigolade en somme, à l’odeur de cucurbitacé. Pour ma part, j’avais passe ma combard orange et introduit mon crâne dans une immense citrouille. J’étais Jack’o’lantern, Léguman si vous préférez. Une « party » organisée dans mon quartier, la porte s’ouvre sur l’exacte réplique de mon costume, version féminine. Ca commence bien. Un vampire converse avec un pasteur, un ange passe, et des meilleures. Et, dans un coin, encore un homme citrouille. S’il y a un prix pour le déguisement le moins original, il nous sera décerné collectivement. Mais je me console vite, j’ai la plus grosse tête (je suis au GCG), et de loin. La taille n’est pas tout, mais ça flatte l’ego. De toute façon, je me rend rapidement compte que ça n’est pas une configuration idéale pour discuter et, pire, qu’il m’est impossible d’ingurgiter le moindre liquide.

Je tombe le masque, et m’approche des fromages français que j’ai apportés, Ils ont un franc succès, une bonne sœur se taille une part démesurée qu’elle dépose sur un bagel (dédaignant la baguette ad hoc) et l’engloutit sans mastiquer religieusement ce sacrement de mon pays. Un curé (le clergé étant presque autant surreprésenté que les courges) m’assure que le fromage est exquis, tout en se servant pour la troisième fois… une tranche de beurre de Bretagne.

Forte amusante soirée, qui s’est fini très tard. Fait inouï, je n’ai pas croisé de policiers sur le chemin du retour. Ce qui tombait plutôt bien, on m’a fait remarquer que ma combinaison orange était l’exacte réplique de celles portées par les prisonniers aux USA. Je visiterai les geôles états-uniennes une autre fois.

Et je voulais prendre des photos de ces jardins maléfiques, vous offrir un florilège de ce kitsch vénéneux. Mais deux jours après Halloween, tout a disparu. Exit les macchabées et les sorcières, tout a été sagement remisé pour l’an prochain.

Prochaine étape, Thanksgiving. Et on voit déjà apparaître les premières décorations de Noël.

J’ai le pressentiment que je n’ai pas fini de voir du plastique.

mercredi 31 octobre 2007

La vie à 50%

On nous enjoint de vivre notre vie à 100% ; voir plus, dans les publicités ; les ouvrages d’Eric Emmanuel Schmitt ou d’autres de qualité comparable. Facile à dire ; plus compliqué à mettre en œuvre lorsqu’on comprend 50% de ce qui se passe autour de soi.

Ce que disent les gens d’abord, ils semblent prendre un malin plaisir à faire étalage de la variété de leurs accents, à démontrer l’étendue de leur vocabulaire pour designer une seule et même idée.

Même commander un burger peut s’avérer périlleux. J’étais retourne plusieurs fois dans le même bouge où, après avoir commandé mon sandwich, on me récitait immanquablement une suite de mots incompréhensible. Au ton interrogateur, j’avais compris qu’on attendait une réponse de ma part et j’ai reproduit approximativement l’un de ces mots, celui qui avait été un peu plus détaché des autres, en prenant un ton sur de moi. La serveuse étant repartie avec l’air satisfait, j’ai retenté l’expérience et j’ai vite remarqué que, selon le phonème choisi, mon burger était accompagne de frites, de patates a l’eau, de purée, d’une salade de pommes de terres… Ils font décidément preuve d’une plus grande imagination pour le nom de leurs garnitures que pour leur variété.

Armé de ce savoir nouveau, je décidais de l’éprouver dans un autre endroit. Même topo mais dans la liste débitée machinalement et à toute vitesse, je ne reconnais pas la moindre syllabe. Nevermind, j’interromps la serveuse, sourire (américain) aux lèvres, je veux des frites mademoiselle. Elle arrondit ses yeux et reprit sa récitation depuis le début, me proposant des choses plus ou moins rares. La sueur commençait à perler sur mon front.
Miracle de la biochimie, c’est ce moment que choisit la bonne synapse pour se connecter à sa voisine et un quelconque neurotransmetteur fit ressurgir un souvenir enfouis dans les tréfonds de mon Ça (ou d’autres endroit classes que je ne maîtrise pas plus). Un souvenir de la classe de cinquième, de l’acné sur mon visage, un jogging trop court « Mais c’est qu’il a encore grandi » et la classe d’anglais de madame Houelle que je n’aimais pas trop même si j’avais des bonnes notes.
- "Do you like this steack Alison?"
- "No, Mr. Brown, it is not cooked enough."
- "Do you think it is too rare, Alison?"
"Rare", c’est la cuisson de la viande.

Question ô combien vaine puisque, a moins de commander l’animal vivant, le choix consiste en différents degrés de carbonisation de la viande. Je m’étais même laissé dire qu’un quelconque amendement de la constitution américaine (ou plus probablement une loi inique et non fédérale) interdirait pour des raisons sanitaires de servir une viande trop rosée.

Je passe le (captivant) épisode ou je mange ledit hamburger pour préciser que ma compréhension orale s’est largement améliorée depuis les premiers jours. Je ne rêve toujours pas en anglais, mais je commence à percer les mystères de l’accent des afro-américains qui ont toujours l’air de chanter quand ils parlent. La difficulté majeure étant les latino-américains qui parlent souvent moins bien anglais que moi. Ils sont gentils, plusieurs m’ont trouvé un accent britannique. Mais ils pourraient parler l’hébreu ancien ou le braille que je ne comprendrai pas moins bien ce qu’ils baragouinent.

Mais, plus que la langue, ce sont les choses inanimées qui font montre d’une hostilité inattendue…

lundi 22 octobre 2007

Chez ouam #3 - Green Day

J’ai fait un rapide saut à mon appartement tout à l’heure histoire de voir où en sont les travaux. J’emménage dans 48 heures et je préfère ne pas me ménager de surprises. Bonne nouvelle, ça a bien avancé, je pourrais occuper deux pièces qui seront complètement terminées le temps que les travaux soient totalement achevés.


Le gros œuvre semble fini, les gravats ont été largement déblayés, les murs qui étaient blancs mais jaunis et creusés ont été rebouchés et fraîchement repeints. Dans un ravissant vert caca d’oie.



Mon propriétaire enfonce fièrement ses mains noueuses dans les poches de sa salopette, bombe le torse et me demande d’un air satisfait si ça me plait. Je lui réponds sans enthousiasme que oui, envoyant tous les signaux non verbaux imaginables pour signifier l’inverse. Je lui demande d’une voix tremblante si il compte également peindre la cuisine et la chambre a coucher, encore épargnées, dans ce ton si délicat, et lui de répondre par l’affirmative en désignant un amoncellement de pots de peinture pas encore entamés. Sans doute destinés au rebut, il a pu les obtenir pour une bouchée de pain.

Toujours est il qu’il se lance dans une petite séance d’auto congratulation sur les reflets charmants de la peinture et la qualité de sa prestation de peintre d’intérieur. D’autant qu’il ne s’est pas ménagé, il a même peint le plafond du couloir.

J’ai un peu l’impression de regarder mon bel appartement à travers une bouteille de vin et je suis partage entre l’hilarité et l’indignation. Le flegme l’emporte, je verrais rouge un autre jour. D’autant que je suis persuadé que je n’ai pas fini d’en voir de toutes les couleurs…

NB: La peinture ayant seché, les couleurs définitives sont apparues, plus proches des marécages que du caca d'oie évoque ci-avant. Mais ca reste tout aussi charmant.

dimanche 21 octobre 2007

Is Chicago? Is not Chicago?

J'ai enfin sauvé la princesse.

Je vous promets un post plus verbeux tout prochainement mais je vous propose pour l’instant un intermède musical très bien senti (clic droit\sauvegarder).

dimanche 14 octobre 2007

La fin des haricots

Ce message sonne la fin de mon blog.

Temporairement en tous cas. Depuis quelques jours déjà, je suis devenu un « no-life », digne des plateaux de Delarue et autres Jerry Springer. Les cernes qui marquent mon visage, ma hâte a quitter le bureau le soir, mon manque d’intérêt pour une intégration sociale réussie, tout cela tient à l’achat de Zelda DS.
Si je prête foi aux medias, une résurrection sociale est possible à court terme, le dernier épisode de la sémillante série serait assez court.

Soyez en tous cas assurés que la prochaine fois que vous me lirez, je serai un homme accompli. J’aurais sauvé une princesse et, fort certainement, déjoué un complot abject visant la domination du monde par les forces du mal.

Calice ! C’est qu’il faut payer de son hostie de personne pour être un héro…

Je dois préciser que le jeu est en anglais, mais doté d’une option hilarante : la version québécoise.

mercredi 10 octobre 2007

Chez ouam #2

S’ils n’ont pas l’euro ni même la livre sterling, s’ils ont oublié la petite bulle des degrés et plein d’autres caractères forts pratiques, les américains doivent être mélomanes puisque le dièse figure en bonne place sur leurs claviers amputés. Mais je m’égare.

J’ai enfin cherché les clefs de l’appartement que je paye depuis le 1er octobre!

Je voulais comparer la réalité avec mes souvenirs grandioses. Ca n’est pas la Sixtine, mais le couloir était voûté, donnait sur un immense living aux murs blancs, avec de grandes baies vitrées. Un style un peu élisabéthain (ou tout autre chouette mot anglais qui pourrait mieux faire l’affaire). Et une large cheminée, indispensable pour agrémenter les nuits d’hiver d’un crépitement réjouissant.

De l’autre coté, la salle à manger prenait ses aises, séparée de la cuisine par un mur inachevé. D’innombrables portes qui donnaient sur des réduits sans fond, j’avais déjà prévu de folles parties de cache-cache qui pourraient durer des après midi entières. Puis deux chambres d’une taille toute a fait satisfaisante, une salle d’eau et je dois encore oublier quelques dépendances. Ayant l’interdiction formelle d’avoir des animaux, seule l’adoption aurait pu me permettre d’utiliser cet espace d’une manière rationnelle (sans parler de l’optimisation fiscale que cela constitue).

Mais lorsque je l’avais visité, il était en rénovation : des sacs de ciment et des pots de peinture dans tous les sens, du plâtre sur le parquet, les murs étaient nus, pas les ouvriers (zeugma ou pas ?). Sans compter ce que le fantasme avait pu rajouter de charme et de pieds carres à l’appartement (pas aux ouvriers)…

J’arrive donc à ma porte, peinant à réprimer le sourire béat qui s’est imprimé sur mon visage alors que j’étais encore dans le métro. Apres avoir bataillé une vingtaine de minute avec les nombreuses et exotique serrures de mon domicile, je pousse la porte, salue poliment le monsieur dans l’entrée et me dirige a grands pas vers…

Mais ? Que fait donc ce monsieur chez moi ? Est-il de la race des squatters sans respect pour la propriété privée, sans considération pour la richesse des autres ? Je frémis un instant, mais reprend aussitôt mon légendaire self contrôle : il n’a pas l’air d’un hippie. Tout en lui, de sa salopette bleue à sa peau cuivrée et à sa moustache ibérique m’indique qu’il s’agit d’un ouvrier du bâtiment. J’ai déjà une femme de ménage surprise, peut être disposerai-je à l’avenir d’un factotum pour mes basses œuvres ? Je lui tends cordialement la main qu’il enserre dans l’étau de ses gros doigts couverts de plâtre, marmonnant un nom qui m’est familier. Celui de mon propriétaire, Juan Da Silva.

Je me présente à mon tour et m’apprête à lui demander ce qu’il fait chez moi, cela dépasse certainement les règles de bienséances nord américaines. Il semble surpris d’apprendre que son appartement est loué, il ne faisait que passer, chercher des câbles électriques pour un appartement qu’il refait à l’étage. Qu’il s’occupera du mien ensuite. Un rapide tour du proprietaire (l’autre) me confirme que rien ne s’est passé depuis ma première visite. Le sol est toujours jonché d’outils divers, les murs saignés de câbles électriques, le parquet couvert de bâches et l’électroménager trône au beau milieu de la salle à manger.


Juan me rassure, l’appartement sera prêt dans une semaine tout au plus. En dépit de la taille du logement, je me demande s’il pourra y faire rentrer toute la diaspora hispanique de la ville, il n’en faudra pas moins pour respecter de délai. Ah ! L’optimisme méditerranéen !

En mon fort intérieur, l’allemand froid et rationnel calcule qu’il sera à la porte de son hébergement temporaire exactement une semaine après le délai fantaisiste indiqué, sans possibilité de négocier. Que, n’ayant pas encore eu le temps de se constituer une foule d’amis, il aurait volontiers déménagé ses petites affaires en plus d’une nuit. Et que, s’il fait encore bien plus de vingt degrés, l’hiver arrive très soudainement ici.

Par chance, mes meubles européens sont bloques à la douane new-yorkaise pour une durée indéterminée et sans l’invocation d’un quelconque motif. Je ne subis donc pas en plus l’intimidation quotidienne de musculeux et irascibles déménageurs presses d’expédier la livraison de mon barda. Veinard que je suis…

A ce jour j’en rigole, mais je n’arrive pas toujours à museler ce fichu allemand qui me souffle des choses désagréables. Que mon on rêve américain va bientôt se transformer en cauchemar climatisé…