La veille des élections, j’ai regardé le journal de France 2. Au programme, élections américaines, directs de New York, analyse des derniers sondages, et en final, on vous en remet un peu, de l’élection, c’est tellement bon ! Et de la dentelle que c’était : Bradley faisait l’objet d’une explication traversière, les swing states étaient tenus pour acquis, Joe le plombier battait des records de notoriété, même les chouettes vidéos de Saturday Night Live étaient évoquées…
Vache de JT, ils m’ont tout piqué ! Des sommets de frustration, que j’ai atteint : Mes billets sont devenus inutiles, vestiges de ma naïveté. Voulant faire preuve de pédagogie sur un sujet que vous suiviez de loin en loin, j’aurais sous-estimé la couverture médiatique de l’événement dans l’Hexagone ? Semble que des hectolitres d’encre et de salive ont été déversés pour couvrir ca. Vous auriez plus subi la campagne que nous que ca ne m’étonnerait pas…
Vous n’avez pas d’actualité en France ? De mes journaux télévises français, je me souviens avec émotion de passionnants reportages sur la lente maturation des fromages à pate molle, ou l’association des joueurs de ukulélé gauchers dans la Drome. Le choix du 13 heures de TF1 n’était peut être pas judicieux ? Mais les élections américaines, je m’en tamponnais maison en 2004. S’il y a eu un tel battage à l’époque, cela m’avait certainement donné envie de décéder (ou pire, d’éteindre le poste). Et j’ai oublié...

Plutôt que de corriger mon erreur, je vais persévérer. Et vous en causer une dernière fois, de l’élection. Quitte à risquer l’overdose. Mais cette fois, exit les généralités, je vous donne du vécu. Because c’est ca que vous voulez : De l’émotion, du bling bling, hein ?
J’étais à Grand Park ce soir là. Soixante mille supporters avisés d’Obama avaient obtenu un ticket. Petits fours, champagne californien, Ferrero Rochedor et chaises pliantes, voila comment j’imagine leur soirée. J’imagine, parce que j’étais de l’autre coté des grandes barrières qui obstruaient la vue, gardées par le SWAT, le FBI, CSI Miami et d’autres Goliath à oreillettes. Je partageais la pelouse avec plusieurs centaines de milliers de frustrés qui, n’ayant pu se joindre aux happy few, voulaient quand même se payer une tranche de fête. Bras de chemises et été indien, les conditions étaient idéales. Pour sur, vu d’aussi loin, les écrans ne paraissaient pas géants, mais peu nous importait : C’était notre nuit !
Et nous attendîmes. Bien sur, quand un état clef basculait dans l’escarcelle démocrate, nous hurlions à plein poumons. Encore plus quand une caméra de télévision approchait : Nous, d’agiter nos fanions, de feindre l’apoplexie ou de simuler l’hystérie, c’est selon. La caméra s’éloignait et les bras s’enfonçaient dans les poches des blue jeans, et l’attente reprenait. Même les publicités diffusées toutes les dix minutes sur les écrans géants ne parvenaient qu’à peine à relancer les conversations paresseuses.
Enfin s’affiche le verdict des urnes. Nous braillons de plus belle. Bien cinq minutes à se décoller la luette, à applaudir a s’en écorcher les paumes. Moi, je voulais de l’extatique, des évanouissements, des larmes en quantité, des jeunes filles à peine nubiles qui dévoilent leur poitrine et embrassent des inconnus, une foule qui, poing levé, entonne l’Internationale en vibrant d’émotion, et des aveugles qui recouvrent la vue ! Mais tout revint à la normale, les minutes s’égrenant lentement et la foule retrouvant son apathie bienheureuse.
Le président apparut enfin sur l’écran. On recommença à crier mais il se racla la gorge et les quelques « Yes we can » furent aussitôt étouffés par la foule soucieuse de ne pas perdre un mot de son nouveau gourou. Le speech, vous l’avez tous vu. Mieux que moi. Il y avait un grand gazier juste dans mon champ de vision et la sono était naze. Sept minutes trente après des heures d’attente. Puis on a rempilé, certains pour fêter la victoire dans un bar, la majorité, direction la maison. Mon quartier était très calme, on eut dit un mardi comme les autre, sauf que je me suis couché tôt.
Il parait que c’est l’Histoire que j’ai vu. Ce qui est certain, c’est que j’ai eu confirmation d’une vérité qui m’est apparue pour la première fois en classe de quatrième avec madame Ragot, un jeudi de 14 à 16 heures : L’histoire c’est chiant.