jeudi 15 mai 2008

Movement #1

Si vous étiez de mes petits camarades de teufs, sachez que j’ai eu une pensée émue à votre endroit ce week end. J'etais dans la cité originelle, Detroit.

Arrivé à l’aéroport, immense, je déambule une quarantaine de minutes avant de décider que l’humilité n’est pas superflue. Je demande mon chemin et on me répond d’un air narquois que des transports en commun pour aller en centre ville, il n’y en a pas. C’est pas le tiers monde, ici !

Mon taxi me dépose en avance, j’adopte les réflexes autochtones et pousse la porte bardée d’autocollants d’une gargote pour commander une bière. Stupéfaction, on me l’amène sans me demander de pièce d’identité. Enivré par un tel succès, je veux repousser plus loin encore les limites et, comble de l’incongruité, porte une cigarette à ma bouche. Je jette un regard autour de moi, personne ne m’a remarqué, j’aspire la fumée dense et ce qui devait arriver arriva : Le serveur cavale dans ma direction, je baisse les yeux, fébrile, et manque de renverser… le cendrier qu’il venait de déposer sur ma table. Le Michigan est décidément l’endroit de tous les dangers, ça me plait…

Mêlé à un plaisir que je croyais perdu, chaque bouffée est accompagnée d’un étrange sentiment de culpabilité. Mon regard se pose sur les enfants assis à quelques tables de là et qui vont certainement mourir dans les prochaines minutes, par ma faute. Je suis une sorte d’assassin, le narrateur de ma propre American Psycho…

La bière est suivie de la spécialité locale, une saucisse type Francfort fourrée dans un pain long et brioché, couverte de ketchup et de moutarde. En dégustant cette recette certainement millénaire, je me félicite d’avoir prêté attention aux autocollants de la porte sans lesquels, tels un touriste superficiel, j’aurais pu me méprendre et confondre la spécialité locale, le Coney Island, avec un vulgaire hot dog. D’autant que ce dernier est déjà la spécialité d’une quarantaine de villes aux US. Ah, les touristes sont vraiment des cons…

Mais il est temps d’aller danser. En m’approchant du Hart Plaza, mon corps vibre au rythme des infrabasses et un sourire se dessine sur mon visage. Il disparaît aussitôt : la file d’attente s’allonge presque à l’horizon. Juste à coté de moi, un groupe d’Hare Krishna réalise un miracle, celui, inattendu, de couvrir les nappes de techno de leurs youyous et de leurs percussions. Je ne parviens pas à les prendre sur le fait, mais je jurerai qu’ils opèrent de réguliers pas chassés dans le sens de la file : Quand je m’approche du guichet, eux ne s’éloignent pas. J’enfonce mes poings dans mon jean Pepe, les envies de meurtre me reprennent… Ils sont pardonnés quand enfin j’étreins le billet que j’échangerai contre le ridicule bracelet jaune qui ne me quittera pas pendant trois jours.
J’entre dans le son...