mercredi 31 octobre 2007

La vie à 50%

On nous enjoint de vivre notre vie à 100% ; voir plus, dans les publicités ; les ouvrages d’Eric Emmanuel Schmitt ou d’autres de qualité comparable. Facile à dire ; plus compliqué à mettre en œuvre lorsqu’on comprend 50% de ce qui se passe autour de soi.

Ce que disent les gens d’abord, ils semblent prendre un malin plaisir à faire étalage de la variété de leurs accents, à démontrer l’étendue de leur vocabulaire pour designer une seule et même idée.

Même commander un burger peut s’avérer périlleux. J’étais retourne plusieurs fois dans le même bouge où, après avoir commandé mon sandwich, on me récitait immanquablement une suite de mots incompréhensible. Au ton interrogateur, j’avais compris qu’on attendait une réponse de ma part et j’ai reproduit approximativement l’un de ces mots, celui qui avait été un peu plus détaché des autres, en prenant un ton sur de moi. La serveuse étant repartie avec l’air satisfait, j’ai retenté l’expérience et j’ai vite remarqué que, selon le phonème choisi, mon burger était accompagne de frites, de patates a l’eau, de purée, d’une salade de pommes de terres… Ils font décidément preuve d’une plus grande imagination pour le nom de leurs garnitures que pour leur variété.

Armé de ce savoir nouveau, je décidais de l’éprouver dans un autre endroit. Même topo mais dans la liste débitée machinalement et à toute vitesse, je ne reconnais pas la moindre syllabe. Nevermind, j’interromps la serveuse, sourire (américain) aux lèvres, je veux des frites mademoiselle. Elle arrondit ses yeux et reprit sa récitation depuis le début, me proposant des choses plus ou moins rares. La sueur commençait à perler sur mon front.
Miracle de la biochimie, c’est ce moment que choisit la bonne synapse pour se connecter à sa voisine et un quelconque neurotransmetteur fit ressurgir un souvenir enfouis dans les tréfonds de mon Ça (ou d’autres endroit classes que je ne maîtrise pas plus). Un souvenir de la classe de cinquième, de l’acné sur mon visage, un jogging trop court « Mais c’est qu’il a encore grandi » et la classe d’anglais de madame Houelle que je n’aimais pas trop même si j’avais des bonnes notes.
- "Do you like this steack Alison?"
- "No, Mr. Brown, it is not cooked enough."
- "Do you think it is too rare, Alison?"
"Rare", c’est la cuisson de la viande.

Question ô combien vaine puisque, a moins de commander l’animal vivant, le choix consiste en différents degrés de carbonisation de la viande. Je m’étais même laissé dire qu’un quelconque amendement de la constitution américaine (ou plus probablement une loi inique et non fédérale) interdirait pour des raisons sanitaires de servir une viande trop rosée.

Je passe le (captivant) épisode ou je mange ledit hamburger pour préciser que ma compréhension orale s’est largement améliorée depuis les premiers jours. Je ne rêve toujours pas en anglais, mais je commence à percer les mystères de l’accent des afro-américains qui ont toujours l’air de chanter quand ils parlent. La difficulté majeure étant les latino-américains qui parlent souvent moins bien anglais que moi. Ils sont gentils, plusieurs m’ont trouvé un accent britannique. Mais ils pourraient parler l’hébreu ancien ou le braille que je ne comprendrai pas moins bien ce qu’ils baragouinent.

Mais, plus que la langue, ce sont les choses inanimées qui font montre d’une hostilité inattendue…

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