jeudi 20 septembre 2007

Gruau, boulot, polo

A cote de la Sears Towers, la plus haute tour d’Amérique du Nord (sans doute également au classement des plus laides), il a l’air tout petit, mon building. Ses 200 mètres de verre n’arrivent même pas à mi-hauteur de sa grande sœur maronnasse…

A l’entrée, on est accueilli par une dizaine de personnes, tous afro-américains. Chargés de la réception, de la sécurité, certains avec un rôle plus énigmatique : Pour ce que j’ai compris, leur métier consiste à saluer les gens en leur adressant un grand sourire. Apres avoir montre patte blanche (très peu d’afro-américains travaillent dans les étages), on dépose ses bagages pour le passage aux rayons x. Puis on vide sagement le contenu de ses poches dans un petit récipient qui sera inspecté pendant qu’on franchit le détecteur de métaux.

L’accident bête, l’oubli d’une pièce de monnaie dans la doublure de sa veste. On est aussitôt entouré d’hommes à la stature imposante qui vous sondent à l’aide de détecteurs de métaux portatifs. Ils couinent à vous passer l’envie d’être étourdi la prochaine fois. On bafouille un mot d’excuse, on exhibe le malheureux nickel et ils vous laissent finalement récupérer vos petites affaires qui sortent de la gueule de l’appareil à rayons.

La routine, quoi.

Un de ces types, c’est mon pote. Rick qu’il s’appelle (ou un autre nom a consonance anglo-saxonne, c’est du pareil au même) Ca doit le faire doucement rigoler les français, en tous cas, à chacun de mes passages, il m’adresse un grand sourire et insiste pour que nous nous saluions en entrechoquant nos poings fermes, un rituel du ghetto, j’imagine.

Puis la montée en ascenseur, rien à dire puisqu’on est absorbé par l’écran de télévision. Fort pratique, on ne sait jamais ou poser son regard pendant un trajet un peu long. Lutter contre la curiosité qui commande de dévisager ses compagnons, mais leur image est partout reflétée par le métal brossé de la cabine. Baisser pudiquement les yeux, les relever aussitôt parce qu’ils s’étaient posés sur une paire de fesses… Excellente idée donc que cet ascenseur télévisé.

Je suis presque à mon bureau, mais je suis immanquablement hélé par le réceptionniste de notre étage. Tom ou un autre nom dans le vent. Il adore le français, quoique je dise, il parait que c’est tellement super. J’écoute sagement son babillage, l’alimente même. La personne à l’accueil détient probablement quelque pouvoir secret et terrible, la faculté de libérer une salle de réunion quand on a oublie de réserver ou des informations sur la cachette des biscuits destinés aux clients. Et puis c’est un peu mon rôle d’animal exotique.

Je me dirige enfin vers mon bureau, et une journée de travail quasi-normale peut enfin commencer. Quasi normale car tout semble identique mais un esprit déréglé a minutieusement modifié chaque petit détail. Les feuilles de papier A4 ont été raccourcies de quelques centimètres, la machine à café déverse systématiquement le triple de la quantité d’eau nécessaire (personne ne semble s’en être rendu compte … Me demande comment leur pays peut fonctionner dans ces conditions.


Le dress code, par exemple, est un bel exemple du particularisme régional. En voici un extrait :
- S’habiller en tenus business est autorisé.
- Les polos sont autorisés mais doivent être rentres dans le pantalon.
- Pas de mini jupes.
- Pas de jeans (sauf le vendredi).
- Chemises et jupes en jeans autorises (tous les jours).
- Pas de vêtements en lycra.
- Ni en élastane.

Quand je n’ai pas ri depuis longtemps, il m’arrive de relire ce code, sorte de manifeste de l’absurde. Malheureusement il semble que sa lecture au second degré a été perdue par la tradition…